chronique haïku 9

Ils se sont mis à quatre haïjins aguerris – Françoise Gabriel, Alain Henry, Jacques Michonnet, Jean-Luc Werpin – pour composer ce recueil, et ils ont eu bien raison ! On pourrait croire que la multiplication des auteurs alourdit un livre. Ici, elle allège, donne de l’air et de l’humour, de la vitalité à des petits poèmes qui du coup rebondissent et semblent se répondre  d’un auteur à l’autre comme des ricochets sur l’eau claire d’une rivière. Une fois de plus, nous constatons combien la poésie haïku profite des échanges, du groupe, du jeu collectif.

mise en légèreté

Karumi, invoquait Bashô : de la légèreté avant toute chose. Une légèreté qui n’est pas mièvrerie, déni ou inconscience mais devient humour face aux tragiques de la vie (temps qui passe, solitude, souvenirs, mort de toute chose vivante…). Ici, les haïjins s’en donnent à cœur joie

lendemain de dentiste-

le lifting éphémère

de la joue gonflée

FG


jour de marché

un haïku moche

dans les légumes de saison

JM


coup de vieux

les nouveaux collègues

me vouvoient

AH


méprisant

le vieux chat déserte

mon fauteuil

JLW

Cet humour « traversant » naît aussi, sans doute, de la construction du recueil. Au lieu de se caler sur un rythme thématique  classique (les saisons par exemple…), les auteurs ont choisi de regrouper leurs poèmes en chapitres courts et aux variés : « comestibles“, “ pays des rêves ”, “bavardages”, « gouttes de pluie »… ce qui a pour effet d’éveiller la curiosité du lecteur.

diversité de la vie

ce “melting pot thématique ” rend bien compte des multiples présences au monde qui nous sont demandées au quotidien. Pour ma part, j’ai particulièrement vibré aux chapitres “Au travail” et “senteurs ”…

Du premier, je retiens le détachement vital, le second degré salvateur face aux déconvenues imposées au travailleur

un souffle de brise

entre avec le soleil

aujourd’hui tant à faire

JM


fermeture des portes !

le métro conserve

la chaleur du jour d’avant

FG


parade virile –

arrogants

ces pas cadencés

JLW


télétravail

personne pour arrêter

l’imprimante folle

AH

Des “senteurs”, je goûte à plein nez les multiples parfums, comme un bouquet éparpillé sur ces pages particulièrement revigorantes :

premiers rayons –

le parfum du foin

fraichement fauché

JM


ce vin bouchonné !

l’odeur enivrante

quand l’évier l’avale

FG


joggeuse impassible-

le parfum des fleurs

qu’elle a accrochées

AH


matin-

un parfum

m’entête

JLW

De ce quatuor poétique, on ressort  avec une impression d’équilibre et de joie, rassuré sur la beauté des aventures collectives.

« Quatre, un jour”, de Françoise Gabriel, Alain Henry, Jacques Michonnet, Jean-Luc Werpin, éditions Jacques Flament, 100p, 10 euros.

A commander ici

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Par Pascale Senk

Journaliste, auteure, éditrice spécialisée en psychologie, Pascale Senk se consacre à transmettre l’art et l’esprit poétique du haïku, qu’elle envisage comme une voie méditative.

2 commentaires

  1. Bonjour Pascale,
    Grand merci à toi pour cette belle analyse, tu as parfaitement restitué le sens de notre démarche

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