dire un haïku

Comment dire un haïku ? Avec lenteur, ou bien avec intensité ? Faut-il le lire deux fois ? En faisant passer une poésie si brève, peut-on laisser s’exprimer ses sentiments ou au contraire doit-on tenter de rester neutre ? Telles sont les questions que posent les “17 syllabes” à celui qui souhaite les transmettre à voix haute.

En 2017, la comédienne réalisatrice Cécile Bouillot, fervente adepte des happenings videos avait demandé à des habitants de Belleville,à Paris, de dire chacun un haïku classique qu’ils avaient choisi juste avant l’enregistrement. Elle a aussi réalisé des  Portraits haïkus.

désarçonner l’auditoire

La découverte de ces films minimalistes m’avait enchantée, car simplicité, authenticité, poésie éclairent tout l’écran.

Ils désarçonnent, tout  comme un haïku réussi.

Et même si certains lui ont reproché de ne pas mentionner à chaque fois le nom de l’auteur, même si les haïkus ne sont pas lus deux fois à la manière japonaise (en une expiration) le travail d’exploration poétique de Cécile Bouillot permet de faire circuler un peu du plus pur esprit haïku. 

les portraits haïkus de Cécile Bouillot

Il transmet naturellement et simplement quelque chose de cet art poétique plus complexe qu’il n’y paraît.

Regarder ces “diseurs de haïkus” non initiés, un peu maladroits, éveille en moi certains sentiments.

ingénuité et fugacité

Je suis touchée par  le caractère ingénu, fugace, et léger (karumi) qu’on y sent, et justement recommandé au XVIIè siècle par le grand codificateur du haïku, Bashô.

J’observe qu’hommes, femmes, jeunes, moins jeunes se laissent traverser par un élan de vitalité qui éclaire leur regard, leur visage.

Je me dis que déclamer ces trois lignes à la manière dont nos arrières grands-parents déclamaient des vers de Lamartine ou Baudelaire serait proprement inopportun en matière de haïku, qui ne supporte ni l’emphase, ni l’intensité, ni le sérieux plombant.

Il s’agit plutôt, ici, de l’art de lire le peu en faisant passer le sel du poème. Sans être trop neutre, ni froid toutefois, ni raide de tension.

une école d’épure

En ce sens, dire des haïkus – tout comme en lire et en écrire – est une exigeante école d’épure, d’acceptation de sa fragilité et de son imperfection. Pas de “show off” ni de trémolos s’il vous plaît, pas de pathos dégoulinant, pas de déclamation !

A ce stade de mes réflexions, je ne peux m’empêcher de penser à Valérie Rivoallon et au regretté Philippe Gaillard qui, avec leur duo Haïkoustics ont fait un beau travail de lectures de recueils haïkus, dont celle de “Mon année Haïku”.

D’une certaine manière, cet article leur est dédié.

Si vous aimez écouter des haïkus, vous en retrouverez de nombreux, dits à voix haute, dans chaque épisode de notre podcast “17 syllabes” !

Par Pascale Senk

Journaliste, auteure, éditrice spécialisée en psychologie, Pascale Senk se consacre à transmettre l’art et l’esprit poétique du haïku, qu’elle envisage comme une voie méditative.

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