L’ agenda haïku, ronde de l’éternel et de l’éphémère

Il y a quatre ans déjà – bientôt cinq ! – que je publiais “Mon année haïku”, un agenda perpétuel dans lequel 18 haïjins contemporains avaient accepté de m’accorder leurs haïkus de saisons et, ainsi, de figurer auprès de Basho, Issa, Onitsura… Chaque fin d’année – est-ce l’effet bilan ? – je  me retourne vers ce livre collectif et je suis frappée par son “éternelle fraîcheur ”.

le juste à propos

Je l’ouvre à la page du jour et, à chaque fois, le haïku présenté fait “tilt”, reste plein d’une résonance inaltérée et juste.

Ainsi ce 7  décembre, je relis ce trois lignes de Danièle Duteil :

premières gelées

dans son pot un brin de menthe

refait ses racines

Il tombe à point : dans ma vie, j’estime en ce moment que certaines mutations ne sont pas assez rapides, j’ai l’impression que rien n’avance. Très opportun, ce haïku du jour me rappelle que même si certains mouvements ne se voient pas, ils se passent quand même. Sous la terre. A mon insu. Ce sont les “transformations silencieuses ” dont parle si bien le philosophe François Jullien, et qui sont au coeur de la pensée taoiste.

une inspiration quotidienne

Les témoignages, depuis que le livre est sorti – il en est à sa troisième impression- n’ont cessé de me dire à quel point les haïkus présentés accompagnent et inspirent au quotidien : la tradition zen qui fonde et habite cette petite poésie, et même sa codification extrême, en font effectivement des pierres blanches à suivre sur le chemin de sa vie.

Je suggère d’ailleurs toujours à mes lecteurs de lire une page de cet agenda au réveil, chaque matin. De quoi orienter  les pensées, dans la journée, vers une dimension poétique de la réalité.

Fueki ryûkô

Plus j’y pense et plus je me dis que ce livre est plein de cet ingrédient si essentiel au haïku, l’union de ce qui change et de ce qui ne change pas, de l’éphémère et de l’éternel, et qu’on désigne par le terme : fueki ryûkô

Oui, car ce livre, en faisant se succéder des haïkus forts et dynamiques, et des petites méditations, montre la fuite des jours, mais on peut le ré-ouvrir chaque année et y trouver une opportunité inchangée. Il allie le fugace et le permanent, et dans une visée plus occidentale, grecque, Chronos, le temps de la durabilité, et Kaïros, le temps du moment juste.

En tant qu’auteure, je ne pouvais rêver mieux et je remercie ici encore les talentueux haïjins qui, grâce à leurs haïkus inspirés, ont participé à son succès : Jean Antonini, Isabel Asunsolo, Bikko, France Cayouette, Thierry Cazals,Virginie Colpart,Christian Cosberg,  Bernard Dato, Diane Descoteaux, Danièle Duteil, Damien Gabriels, Vincent Hoarau, Jean-Yves Lievaux, Gérard Maréchal, Igor Quézel-Perron, Philippe Quinta, Valérie Rivoallon.

Bravo, cette année encore, vous allez enchanter vos, nos lecteurs!

Et en version poche

Par Pascale Senk

Journaliste, auteure, éditrice spécialisée en psychologie, Pascale Senk se consacre à transmettre l’art et l’esprit poétique du haïku, qu’elle envisage comme une voie méditative.

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